Journée UNESCO 14 janvier 2015 « ÊTRE JOURNALISTE APRÈS CHARLIE » Allocution préliminaire Loïck Berrou/ Modérateur


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Publié le vendredi 16 janvier 2015 par Marie-Lyse dans la catégorie Communiqués

 

DÉBAT JOURNÉE UNESCO 14 JANVIER 2015

« ÊTRE JOURNALISTE APRÈS CHARLIE »

ALLOCUTION PRÉLIMINAIRE LOÏCK BERROU / MODÉRATEUR

 

Bonjour,

Ma génération a connu un sinistre glissement dans l'exercice de notre profession dans ses aspects les plus risqués.
Un glissement sémantique, et dramatique, des journalistes « tués » vers les journalistes « assassinés »
Je m'explique : dans les années 70, 80, 90, les journalistes qui trouvaient la mort en exerçant leur métier étaient le plus souvent des reporters de guerre, au Vietnam, au Liban, en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchènie, qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. On pourrait dire « killed in action » en anglais. C'était triste, mais c'étaient des victimes collatérales d'un conflit, et l'on pouvait considérer que cela faisait partie des risques du métier .

Dans les années 90, et surtout les années 2000, on a commencé à assassiner les journalistes. C'est-à-dire à les cibler délibérément pour ce qu'ils faisaient, pour ce qu'ils écrivaient, et parce qu'ils dérangeaient. Ils étaient célèbres : Tahar Djaout en 1993 en Algérie, Daniel Pearl au Pakistan en 2002, Guy André Kieffer en Côte d'Ivoire en 2004, Anna Politkovskaia en 2006 en Russie, Hrant Dink en 2007 en Turquie.
Ou moins célèbres, près d'une centaine de journalistes tués en Algérie dans les années noires, et des cohortes de journalistes assassinés au Mexique, aux Philippines, au Brésil, en Colombie, parce qu'ils enquêtaient sur les mafias, le narcotrafic ou la corruption des élites.

Les années 2013 et 2014 ont connu une accélération dans l'horreur : on a assassiné des journalistes non pour ce qu'ils faisaient, mais parce qu'ils étaient. Journalistes, et occidentaux, donc forcément complices . Cela a commencé avec mes confrères  de RFI, Ghyslaine Dupont et Claude Verlont au Mali, le 2 novembre 2013, qui ont succédé a une intervention armée de la France. Puis cela s'est poursuivi, nouvelle escalade, avec les décapitations de James Foley et Steven Sotloff, qui ont provoqué une considérable émotion dans l'opinion publique, et une intervention armée des Etats-Unis.  C'est la première fois à ma connaissance que l'assassinat de journalistes a des conséquences géopolitiques.

On pensait avoir atteint le summum.  Non. Le 7 janvier dernier, 2 jeunes français froidement déterminés abattent 12 personnes, dont 8 journalistes  et 2 policiers, au siège de Charlie Hebdo, au coeur de paris, en criant qu'ils ont « vengé le prophète »

Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, Bernard Marris, Mustafa Ourad n'étaient ni reporters de guerre, ni journalistes d'investigation. Leur seule arme, c'était leur plume, ou leur crayon.

D'où l'état de sidération totale, le sentiment d'injustice absolue, la révolte qui s'est emparée d'une population toute entière, nous en avons tous été témoins, une révolte mondialisée sous la bannière « je suis Charlie », qui nous amène a nous interroger aujourd'hui : comment être journaliste « après Charlie », et comment la communauté internationale, sous l'égide des Nations Unies, peut trouver réponse à des questions que nous avons peine à formuler face à la barbarie .




 


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